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Cafetières

Ce soir, sur sa longue route vers le Yiddisland, Elonele s’est réfugié dans une grotte. Transi de froid, quelque peu nostalgique et triste, il a pourtant trouvé de quoi se réchauffer et même, rire !

Quand il est entré dans cette grotte, Elonele a pensé à David et aux miséreux de la caverne d’Adoullam (1). Puis, vous commencez à le connaître, il s’est mis à geindre : « Oy, vey, ce que j’ai froid, oy vey, ce que j’ai froid… Un vent froid souffle dans la nuit ».
Contre toute attente, à ces mots, il s’est levé et a commencé à improviser deux pas de danse ! « Oui, mais oui, a souri Elonele, un vent froid souffle dans la nuit, a kalter vint blozt in der nakht ! » Les premières paroles de cette vieille ritournelle (2) lui ont donné envie de chanter, lui aussi. Et de danser. Pour se réchauffer, il n’a pas trouvé mieux que d’ajouter un peu de ridicule à sa solitude. Voyez son ombre, sur les murs de cette caverne, on dirait celle d’un fou ! Elonele iz a narish ! Il est fou cet Elonele !
« Nous chantons la chanson de la cafetière, ay, lalalay, lalalay… Mir zingen dos lid fun findjan, ay, lalalay, lalalay… », reprend maintenant de plus belle Elonele. Et tant pis si, pour interpréter La chanson de la cafetière, il chante comme… une casserole.
Il y a peu encore, il était un brin nostalgique sur sa longue route vers le Yiddishland, en ruminant sa solitude. « Nul être humain ne peut donner à un autre le sentiment d’être absolument justifié. Seule le peut la rencontre avec la grâce divine dans la solitude » (3), ressassait-il.
Et voilà qu’il danse maintenant et qu’il chante de plus belle : « Un bald men tsezingt zikh, a lid es tseklingt zikh, arum un arum dem findjan, ay, lalalay, lalalay… Bientôt chacun se chantonne, une chanson qui résonne, tout autour de la cafetière. Ay, lalalay, lalalay… »
Incroyable pouvoir que celui des souvenirs. En s’endormant, tout à l’heure, Elonele sera persuadé de sentir la bonne odeur du café grillé… avec juste ce qu’il faut de fleur d’oranger, un soupçon de sucre dans sa mémoire. Et, dans ses rêves, il contemplera deux ombres projetées sur les murs d’une caverne : la sienne qui danse avec celle d’une cafetière ! Puis, il se réveillera, un peu, un tout petit peu, juste ce qu’il faut pour imaginer ce Haiddish. Enfin, il se rendormira, paisible en chantonnant « la nuit est douce pour nous, di nakht iz undz tayer »… Tout en se plaignant, mais juste un tout petit peu, vous savez : « Oy, vey, ce que j’ai chaud ; oy vey, ce que j’ai chaud ».

Dix-septième Haiddish (le haïku à l’âme yiddish)

Deux ombres dansent sur les murs d’une caverne
L’odeur du café caresse des oranges amères
Un vent froid parfois réchauffe les rêves de la nuit
Mir zingen dos lid fun findjan


Seventeenth Haiddish (haiku in a yiddish way)

Two shadows are dancing on the walls of a cave
The smell of coffee caresses bitter oranges
A cold wind sometimes warms dreams at night
Mir zingen dos lid fun findjan (4)

(1) Prophètes, Samuel 22,1 et 2 : « David partit de ce lieu et alla se réfugier dans la caverne d’Adoullam. Ses frères et toute sa famille paternelle, l’ayant appris, y descendirent auprès de lui. A lui se joignirent aussi tout homme en détresse, tous ceux qui avaient des créanciers, tous les désespérés; il devint leur chef. Environ quatre cents hommes se groupèrent autour de lui. »
(2) Vous trouverez les paroles et la traduction ICI, sur le site des chansons en yiddish.
(3) Citation d’Eugen Drewermann, dans La jeune fille sans mains (éditions du Cerf, 1994).
(4) Nous chantons la chanson de la cafetière / We sing the song of the coffee pot.

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