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Nuit étoilée, Van Gogh 1888

Résister ! Antkegngeshteln zikh ! : voici la résolution d’Elonele en cette nouvelle année civile. Dans la paracha de la semaine (1), il a trouvé plein de bonnes raisons de ne pas succomber à la folie du temps.

« Je ne suis pas un révolté, je suis un résistant. En fait, je suis l’antinomie de Stéphane Hessel », sourit Elonele en cheminant. Voilà sa résolution pour cette année civile : « Résister ! Ne pas succomber aux tentations extrêmes, au consumérisme ambiant, à la pensée commune, aux foudres de la colère, aux jugements définitifs sans connaître… » En cheminant, Elonele croirait entendre les mots du philosophe des lumières, Georg Christoph Lichtenberg : « Le sage cherche la sagesse, le sot l’a trouvée » (1).
« C’est sans doute cela, être sage… Savoir résister, se tenir bien droit », se dit Elonele. Car, confiaient les sages du Talmud : « Pour accéder à la sagesse, il faut le vouloir ». Il faut du courage, le courage du résistant, poursuit Elonele, en songeant à Chifra et Poûa, les sages-femmes hébreues qui résistèrent à Pharaon en épargnant les garçons (2), lesquelles avaient déjà nourri la réflexion d’Elonele sur l’héroïsme.
« Pourquoi la paracha Chemot (3) nous rappelle-t-elle d’entrée chacun des douze noms des fils de Jacob, chacune des douze tribus d’Israël ? Pas seulement parce qu’elle s’appelle Chemot, ‘‘ les noms ’’. C’est comme s’il s’agissait de les graver à tout jamais dans le marbre de l’humanité, pour que ces noms résistent à l’épreuve du temps », suppose Elonele qui se dit qu’en tout cas, il ont effectivement résisté à tous ceux qui ont voulu les effacer.
« Résister, Antkegngeshteln zikh ! », se met alors à crier Elonele, contemplant à ses pieds une vallée qui s’ouvre à lui, sur sa longue route vers le Yiddishland. « Se tenir debout, là, drapé dans sa dignité humaine et affronter la folie des hommes. Que voici un beau projet ! » En se disant cela Elonele réalise soudain que l’on trouve la racine latine « stare » dans « résister », c’est-à-dire « se tenir droit, ferme, debout », avec des dérivés qui se sont souvent ancrés sur ce point d’appui comme « stable, station, constant, statue, statut, constat ». Elonele adore ces rapprochements étymologiques.
« Résister, c’est se tenir debout, ici, renchérit-il ». Son visage s’éclaire quand il songe que « ici » en hébreu est l’anagramme de « debout », le tout aboutissant à l’affirmation du moi, avec le pronom personnel « je » (4). « Magnifique, s’extasie  maintenant Elonele, un brin grandiloquent comme il peut l’être parfois, je me tiens debout, là, devant vous. Et je résiste, en tant qu’homme libre à la folie des hommes ! »
En regardant les premières étoiles de cette naissante nuit de dentelle, il arbore désormais le plus grand des sourires. « Stare, se tenir debout », se répète-t-il, le nez planté dans la voute céleste. « Stare, c’est si proche d’une étoile (star). A shtern…» A présent, c’est David qui occupe tout l’esprit d’Elonele, l’image du bouclier de la résistance et de cette étoile dont les six extrémités, plus les six intersections, sont comme les douze tribus d’Israël réunifiées. « Nous revoici aux douze tribus énumérées au début de cette paracha, douze noms répétés comme pour mieux résister. Des noms, comme autant d’étoiles résistant à l’épreuve du temps ».
Au risque de passer pour un sot, Elonele ose se dire qu’aujourd’hui, il a un peu gagné en sagesse. Enfin, peut-être…

(1) Dans Aphorismes (Denoël, 1985), Georg Christoph Lichtenberg (1742-1799).
(2) Chemot, Exode 1, versets 15 à 20.
(3) Chemot, Exode 1,1 à 5,23.
(4) « Ici », כאן (Kan) est l’anagramme de « debout, droit, vertical », אןכ (anakh) qui aboutit au mot יאןכ (« je ») : Voir la brillante explication sur le sujet, de Marc-Alain Ouaknin, rabbin, docteur en philosophie et professeur des universités Bar-Ilan (lien ici).

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