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L'oiseau bleu de de Marc Chagall - 1968

Aujourd’hui, Elonele chemine tranquillement vers son Yiddishland. Il se sent suivi. Il se retourne. Rien. Il reprend son chemin, plus à l’écoute que jamais. Derrière lui, un léger bruissement. Une heure plus tard, il se retourne encore. L’oiseau le suit toujours…

Souvent, Elonele rêve qu’il est un oiseau. A foygl, libre comme l’air qui regarde la beauté du monde d’en haut, mais qui, hélas, entend parfois les arbres pleurer.
Comme dans la chanson, il voudrait demander à sa mamele : « Oh ma mère, écoute-moi, il me faut des ailes »… pour aller sécher les larmes des arbres.
Elonele voudrait aussi sécher les larmes de tous les hommes. Voilà qui alourdit son bagage. Alors son rêve peine à décoller. Et quand il songe à cette larme, cette trer cristalline en train de couler sur le visage de sa mamele, tout est si lourd que son rêve ne peut plus décoller.
Elonele se retourne sur le passereau qui l’accompagne aujourd’hui durant son voyage. « Et toi, sur quelles larmes es-tu chargé de veiller ? », demande Elonele au petit oiseau bleu.
Un instant de grâce, un soleil d’automne perçant en rase-motte le feuillage fragile d’un saule, un infini moment concentré dans une petite seconde et l’oiseau s’envole loin, vers les femmes et les enfants des hommes en guerre.
« Alors, ton bagage doit être très lourd et donc ton courage tellement grand, si tu arrives à décoller », ajoute Elonele en accompagnant du regard les petites ailes bleues chargées de sécher tant de larmes. Tendrement, il imagine ce Haiddish :

Un passereau, dans une goutte salée, secoue ses ailes
L’hiver fait geler les larmes des arbres les plus frêles
Une silhouette berce son enfant, et attend, attend
Oyfn veg Shteyt a boym, Shteyt er ayn geboygn*

—–
Fourteenth Haiddish (haiku in a yiddish way)

A passerine, on a salted drop, shakes his wings
Winter is freezing tears of frailest trees
A silhouette rocks her child, ans waits, waits
Oyfn veg Shteyt a boym, Shteyt er ayn geboygn*

* Sur la route, un arbre pleure, ses bras déchirent le brouillard
* On the way, a tree is crying, his arms are tearing the fog

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