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Life his a precious gift, by @Doug88888 on Flickr

Aujourd’hui, Elonele n’a pas d’envie. Ou plutôt si : il n’a qu’une envie. Son rêve, son rholem, ce serait d’être assez grand pour, doucement, pousser la terre sur une balançoire. Et, ainsi, bercer le monde. Son Haiddish du jour pleure, mais cela le console.

Quand il voit les hommes pleurer du vinaigre (veynen etlekh esik) et quand il entend leur colère, Elonele a le cœur qui chavire comme une minuscule coque de noix sur un océan en furie. Il exècre la sémantique de la haine. Son Haiddish du jour est une larme tout en couleurs.

Face à la fureur des hommes, face aux guerres, il voudrait grandir, devenir un géant, tant et si bien qu’il pourrait, d’une main attentive, pousser la terre d’avant en arrière et la balancer, ainsi, tout doucement. En avant, en arrière, la terre ; en arrière, en avant le monde qui chaloupe.
Telle une maman à son enfant, il lui chanterait une chanson, a lidele sheyn, une belle chanson. Il lui dirait arrête et laisse toi aller, laisse faire cette main qui te berce. « Dors donc, terre, dors… shlof zhe, velt, shlof. »
Elonele pleure devant cette saloperie ; cette sale guerre avec sa gueule cassée qui se complait dans son horrible dessein à créer des veuves et des orphelins. « Le monde est chaud et les cœurs son froids. Ce choc thermique est une condensation de bêtise », pense Elonele. Et sur la vitre blindée qui sépare les hommes, coulent les larmes de cette buée sans fin.
Colour drop, by @Doug88888 on FlickrElonele fredonne la chanson de cette femme seule. Elle berce son enfant, en lui demandant de dormir, rêvant qu’il parcourra le monde pour être marchand de tout, de raisins et d’amandes… Une berceuse yiddish, a yiddish viglid, « lullaby » pour nous consoler avec d’étranges caresses, celles de nos larmes sur nos joues.
Elonele voudrait voir dans ces perles qui lui chatouillent les joues, la douceur du souffle d’un enfant sur une fleur de pissenlit promise au vent… et dans chacune des larmes, un concentré des plus belles couleurs du monde. Alors, oui, à coup sûr, Elonele rirait, exulterait, en poussant d’avant en arrière le monde sur sa balançoire et en l’entendant lui demander : « Plus haut, Elonele, plus haut ! Aroyf, Elonele, aroyf ! »

Un souffle tiède sur de pâles graines de pissenlits
D’avant en arrière, d’arrière en avant, tout en couleurs
Le monde dans une larme, coulent ses jours et ses nuits
Zolstu zikh dermonen in dem lidele, Rozhinkes mit mandlen *

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Thirteenth Haiddish (haïku in a yiddish way)

A warm breath on pale seeds of dandelions
Rock forwards and backwards, back and forth, all colored
World on a tear, flow days and nights
Zolstu zikh dermonen in dem lidele, Rozhinkes mit mandlen *

* Souviens-toi de ce chant, raisins secs et amandes
* Remember this song, dried currants and almonds

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