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Salvador Dali, Silhouette, 1968La route se poursuit pour Elonele quand, dans un petit village, il chancelle auprès d’un puits, devant l’image fugace d’une silhouette féline.
The Wish par Thad sur Photosig, 2002Un instant de grâce éphémère, tout près d’une margelle. Étrange coïncidence, c’est au bord d’un puits que, dans la paracha de la semaine (1), Éliézer trouve Rébecca, la future femme d’Isaac. En voulant se désaltérer, aujourd’hui, Elonele a senti les délices épicés d’un regard féminin posé sur lui. Face au soleil, dans un contre-jour de carte postale, il à peine eu le temps de croiser ses yeux que cette silhouette s’est évanouie dans les frondaisons de l’infini… laissant toutefois à Elonele la présence d’esprit d’y accrocher quelque rêve.
Il aurait aimé avoir le courage – un cœur de lion comme on dit – de l’appeler, pour espérer la voir se retourner. Et découvrir le visage qui, derrière cette longue chevelure, lui a souri, enfin le croit-il. On a bien le droit de rêver aux crinières chantantes !
Toujours est-il que, des méandres des souvenirs d’Elonele, est revenu le petit air ravi de ce conte hassidique sur la journaliste photographe, lionne divine.
Elonele aurait eu envie de courir, d’hurler (shrayen, oui, shrayen !) d’arracher au ciel, de tout son cœur, des bouquets d’étoiles pour les lui offrir. Mais à présent, cette silhouette éphémère s’en va, comme une flette sur un fleuve paisible, avec l’indéfinissable ondulation de ses hanches chaloupées. Une passante. Une poésie invitée dans sa vie.
Il n’a même pas pris son courage à deux mains. Elonele n’aime pourtant pas se sentir paresseux. Il voudrait avoir la témérité de l’un de ses anciens compagnons, Léonard, au prénom fort comme un lion. Mais cette soudaine paresse lui fait plutôt penser à cet autre conte hassidique sur le mariage prédestiné.
Une fois encore, une ultime fois, il plonge son regard vers cet éphémère destin de fée qui, chantait Brassens « preste, s’évanouit… ». Et il repart maintenant, dans le sens opposé, faisant toujours route vers son Yiddishland. En se retournant sur l’ombre fugitive qui ondoie au loin dans un mirage, Elonele croit voir maintenant un bout de son propre cœur de lionceau. On a toujours quelques morceaux de notre cœur qui ne nous appartiennent plus.

(1) ‘Hayé Sara. Gen. 23,1 à 25,18.

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