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Edward Hopper Night Shadows (1921) Boston Museum

Aujourd’hui, Elonele traîne ses lointains souvenirs sur les trottoirs de Brooklyn. Son Haiddish du jour est fait de velours bleu.


Edward Hopper, Nighthawks (1942)Goles ! Le cœur en exil, Elonele a l’âme du juif errant qui aurait tout juste quitté son shtetl pour le rêve américain. Il voudrait se lamenter, en repensant aux mots de Michael Wex : « Le judaïsme est défini par l’exil et l’exil sans les plaintes, c’est du tourisme » (1)Mais non, Elonele préfère sourire à ces bons mots, en glissant vers la pénombre de son imagination, dans une nuit au noir d’encre, avec ses réverbères glabres et poussifs.
Sous ses semelles crevées, le bitume est chaud ce soir. Des notes urbaines de blues s’échappent sous quelque néon bleu nuit. Des feuilles de papier gras balayées par le vent entraînent Elonele, joyeux, vers une vie nouvelle.
Au-dessus de lui, les immeubles immenses ne sont rien à comparer à son bonheur. La nostalgie de son village ira se perdre, tout à l’heure peut-être, dans un bar délavé de Brooklyn et Elonele, oysgematert (épuisé), ne sera même pas shiker (ivre). Sa solitude embrassera l’espoir, en entendant la voix d’une étoile chantante. Dans son verre, il verra danser le reflet d’une pale lune. Puis Elonele relèvera la tête, le regard happé par le satin d’un visage féminin. Sur quelques notes de The Nearness of you, Il laissera échapper une larme sur son sourire. A kholem, juste un rêve. Comme ce Haiddish :

Montik* gris, suranné, et ses volutes de solitude
East of the sun, les profondeurs bleues de Sarah Vaughan
Le type au chapeau, de dos, boit le tableau-bar d’Hopper
Kukn vi a hon in bney-odem, kushn a kholem**

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Ninth Haiddish (Haiku in a Yiddish way)

Grey Montik*, outmoded, and his curls of loneliness
East of the sun, blue depth of Sarah Vaughan
The guy with his has, back turned, is drinking Hopper’s bar-painting
Kukn vi a hon in bney-odem, kushn a kholem**

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(1) Michael Wex, Kvetch ! Le yiddish ou l’art de se plaindre (Denoël, 2008 et 2011)
* (Yiddish) Lundi.
** (Yiddish) Regarder sans rien comprendre, embrasser un rêve / Looking but having no clue, to hug a dream

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