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Sacrifice d'Isaac, Marc Chagall (1887-1985)

Elonele poursuit sa route vers le Yiddishland quand, sur la rocaille montagneuse du paysage qu’il traverse, au détour d’un sentier, il découvre les cornes d’un bélier tapi dans l’ombre frêle d’un arbre en sursis. Un nouvel Haiddish s’offre à lui.

Sur les coteaux escarpés de ses aventures, Elonele aime prendre le temps d’observer chaque brin de vie. Loin du flou de la valse étourdissante du monde, il se ravit de voir chaque chose se détacher nettement, comme si chacun des oiseaux, des pierres, des branches, des fleurs, recelait un trésor. Au-delà de l’aspect essentiel de chaque objet inanimé et de tout vivant, Elonele est littéralement passionné par la musique du hasard qui fait interagir ces éléments. La grande parade de la vie est si belle quand elle se passe de la main de l’homme ! Une feuille qui tombe alors que le bélier frotte ses cornes contre un tronc d’arbre. Un cailloux qui roule sous les sabots de l’animal puis dévale la pente pour finir sa course dans un ruisseau… Elonele est fasciné par ce monde qui se meut sans l’empreinte humaine. « Qui aurait pu jurer que cette pierre qui était au sommet de la colline ce matin vivrait une nouvelle destinée dans le lit d’un ruisseau, ce soir ? », songe, admiratif, Elonele qui en vient à méditer sur la destinée et sur ses rebonds. Il songe à Isaac promis au sacrifice, puis sauf. Au bélier aussi, qui finira dans le bûcher. Le souffle de la paracha de la semaine est venu se frotter au sékhel (à l’esprit) d’Elonele. Ainsi est né ce nouvel Haiddish :

Dans un buisson, parfois, poussent des cornes de bélier
Le soleil brûle comme un bûcher le Mont Moriah
Sur l’autel, refleurit la vie, entre les billes de bois

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Seventh Haiddish (Haiku in a Yiddish way)

In a bush, sometimes, grow the horns of a ram
Sun his burning like a stake Mount Moriah
On the altar, life is blossoming again, between chunks of wood

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