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Faut-il faire le morbide fanfaron et fêter Halloween ? D’humeur plutôt légère aujourd’hui, Elonele laisse le soin à d’autres – qui ont beaucoup plus de talent – de répondre à cette question (1). Il n’empêche, sourit-il : « Trick or treat ? »

Illustration Diramazoni (Vocisconnesse), ItaliePendant que l’on déambule ici et là en panoplie de squelette aux jambes plissées, mal repassées, ou en sorcière dont le chapeau pointu finira inéluctablement aussi tordu qu’une blague de Dieudonné, Elonele s’interroge.
Non pas que l’idée d’aller de nouveau « effrayer les freylekhs » le dérange, non. Il ne souhaite pas non plus s’appesantir sur le mauvais goût commercial qui préside à tout cela (Mein bobbeh’s ta’am). Non, c’est la question de ce drôle de marché païen de dupes, cette menace en robe de guimauve, qui lui gratouille aujourd’hui le cerveau. Sans remonter jusqu’aux origines, jusqu’à Samonios et aux Celtes, Elonele réfléchit à ce fameux « Trick or treat ! ».
« Un mauvais sort ou une petite douceur ? » En clair, file-moi tes bonbons, alteh moid (vieille fille moustachue qui n’attendait que moi pour égayer ta soirée), sans quoi, comme l’on dit en yiddish, « a broch tsi dir ! », une malédiction s’abattra sur toi. En somme, tu peux trembler, en attendant, demain, jour libérateur de ta séance de cire épilatoire. Bref, tu l’auras compris, si je suis gentil, c’est « la carotte ou le bâton » et si, vraiment, tu piques trop en m’embrassant, ce sera à quitte ou double : « La bourse ou la vie ? »
Une telle menace aurait-elle sa place dans la bible ? Elonele en tremble encore : « Mais Moïse implora l’Éternel son Dieu, en disant : Pourquoi, Seigneur, ton courroux menace-t-il ton peuple, que tu as tiré du pays d’Égypte avec une si grande force et d’une main si puissante ? » Bien des fois, l’éternel use en effet de menaces pour se faire entendre auprès des hommes, mais pas ici, note Elonele puisque « l’Éternel révoqua le malheur qu’il avait voulu infliger à son peuple. » (2)
Certes, la Michna, elle, fait référence au chantage, en l’occurrence lorsque les ravisseurs d’un otage demandent une rançon trop exorbitante, ce qui porte atteinte au bien général (tikkoun olam). Mais Elonele repense surtout à ce passage de la Genèse (3), quand Isaac demande à Ésaü, son fils : « Apporte-moi du gibier et apprête-moi un ragoût que je mangerai et je te bénirai devant le Seigneur avant de mourir. » Ce « Trick or treat ? » biblique n’est rien d’autre que le fameux épisode durant lequel Jacob se fait passer pour Ésaü, à la demande de sa mère, Rébecca. Ce qui nourrira d’ailleurs chez Ésaü la vengeance de n’avoir pas bénéficié de la bénédiction qu’Isaac a offerte à Jacob.
Jamais le mot « chantage » n’apparaît dans les textes sacrés, remarque cependant Elonele. Aussi sympathiques soient-elles lors d’Halloween, de toute façon, il n’aime pas les menaces. « Qui a une fois serré le poing ne saurait le rouvrir », martèle Elonele, en empruntant ces mots à Nicolas Gogol (4).
Et tant qu’à penser aux douceurs sucrées d’Halloween (vivement Pourim !), Elonele songe avec délice au Cantique des cantiques (5) : « Tes lèvres, ô fiancée, distillent la douceur du miel; du miel et du lait coulent sous ta langue, et le parfum de tes vêtements est comme l’odeur du Liban ». C’est autre chose que les bonbons de la supérette du coin, ça les enfants, n’est-il pas ?
Quant aux lumières des citrouilles qui s’éteindront demain, que sont-elles à côté de toutes celles qui attendent bientôt Elonele ? Dans un peu plus d’un mois (8-16 décembre), ‘Hanouka illuminera son visage d’éternel enfant. Et les dredles tourneront, se réjouit Elonele ! Pour conclure : au « Trick or treat ? » il préfère nettement le « Toupie or not toupie ». Vous étiez prévenus, Elonele est d’humeur badine, aujourd’hui.

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(1) Sur ce sujet, rendez-vous ici, sur Chabad.org.
(2) Exode, Ki Tissa, 32,11.
(3) Genèse, Toledot. 27,1 à 29.
(4) Les âmes mortes, Nicolas Gogol (1809-1852).
(5) Hagiographes, Cantique des cantiques, 4,11.

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